Mercier et associes
 

guidette carbonell

 

Née en 1910, Guidette Carbonell est une des grandes personnalités de la céramique française du XXème siècle. D’origine catalane par son père médecin et arménienne par sa mère peintre, elle suit dès l’âge de 15 ans un enseignement académique en peinture auprès d’André Lhote à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris, d’Othon Friesz à l’Académie suédoise et surtout de Roger Bissière à l’Académie Ranson, qui deviendra son ami et plus fidèle soutien. Mais c’est avec la céramique qu’elle trouve sa liberté d’expression et son indépendance. Vont être déterminants pour son expérience les conseils donnés par le céramiste catalan Llorens Artigas, célèbre pour ses collaborations avec les peintres Raoul Dufy et Joan Miro, avec qui elle partage son premier atelier au cœur des années 30.

Guidette Carbonell commence à exposer dès 1928 dans différents Salons aux côtés des grands noms de la céramique de l’époque, Paul Beyer, Emile Decoeur, Emile Lenoble ou Jean Mayodon… Elle se démarque immédiatement de ses aînés partisans d’une céramique austère et méticuleuse, grâce à sa figuration fantaisiste et ses mélanges d’émaux savoureux et spontanés. La reconnaissance arrive en 1937, lorsque l’Etat lui commande deux fontaines monumentales et un décor mural pour différents pavillons de l’Exposition Internationale des Arts et Techniques à Paris. Dans ses bas-reliefs en faïence émaillée, elle apporte sa version pleine d’humour aux thèmes bibliques (Le Paradis terrestre) ou profanes (Le Cirque), inspirée par ses racines méditerranéennes et par le folklore populaire. Dans les années 40, la créatrice libère encore plus son expression formelle avec ses Lions fantastiques, ses créations de jardinières pique-fleurs ou ses fontaines d’appartement « aux puttis » qui revisitent La Renaissance. Au début des années 50, elle réalise une série de plats décoratifs aux décors animaliers dans lesquels elle mélange avec truculence à sa terre des galets ou des tessons de verre dans un esprit de génial bricolage rappelant les expériences de Bernard Palissy.

De plus en en plus singulière au cours des années 60, Guidette Carbonell modèle des statuettes fantastiques en faïence incrustée de matériaux divers (Les Idoles), conçoit en ciment émaillé un ensemble de totems bifaces aux regards effarés (Les Harpies). Parallèlement à une intense activité de commandes monumentales intégrées dans l’architecture (de 1952 à la fin des années 70), elle développe entre 1967 et 1989 une longue série de tapisseries « cousues-collées », esthétiquement très insolites. La créatrice a toujours revendiqué cette pluridisciplinarité et aura su effectivement dépasser les clivages entre arts décoratifs et beaux-arts en proposant une œuvre inclassable, sans cesse remise en question par son imaginaire fertile.


Idoles, faïence émaillée, 1965